BRUXELLES 11/12 - Crise climatique, tensions gépolitiques ou encore crise du logement, la génération Z évolue dans un environnement anxiogène. Ajouté à cela, l’hyperconnectivité, l’augmentation de la pression de travail, le monde du travail en mutation… Tous ces facteurs fragilisent les 18-34 ans et ont fait exploser le nombre de burn-out dans cette tranche d'âge. Une nouvelle étude des Mutualités Libres révèle que 39 % des nouvelles incapacités chez ces jeunes sont désormais liées à des troubles psychosociaux.
Les jeunes adultes belges entrent de plus en plus tôt en incapacité de travail pour raisons psychosociales, selon une analyse menée par les Mutualités Libres sur 2,3 millions de membres. Cette tendance est déjà perceptible depuis plusieurs années, mais elle s'accélère nettement en 2024. L'étude met en évidence une fragilité générationnelle profonde, marquée par la montée des troubles psychiques dès les débuts de carrière.
Cette année, 39 % des nouvelles incapacités de travail chez les moins de 35 ans sont dues à des troubles tels que le burn-out, la dépression, l'anxiété ou le stress. Un taux nettement plus élevé que chez les travailleurs plus âgés, où il atteint 30 %. Depuis 2018, ces incapacités ont bondi de près de 35 % chez les jeunes, contre 20 % chez les plus de 34 ans.
C'est le burn-out qui a le plus augmenté chez les jeunes, dont les cas ont littéralement explosé: 136 % en six ans. La dépression, elle, progresse de 36 %. Ces troubles représentent désormais un quart de toutes les nouvelles incapacités dans cette tranche d'âge. Les femmes restent davantage touchées par la dépression, le stress et l'anxiété, tandis que les burn-out progressent plus fortement chez les hommes.
Des disparités marquées apparaissent aussi selon le statut professionnel. En 2024, près de 45 % des jeunes employés qui entrent en incapacité souffrent de troubles psychosociaux, contre seulement 25 % des jeunes ouvriers et indépendants. Le risque d'invalidité augmente lui aussi : 14 % des incapacités dépassent aujourd'hui les douze mois, un taux qui grimpe à 22 % pour les dépressions et troubles anxieux, et à 18 % pour les burn-out.
Comment expliquer cette vulnérabilité croissante ?
Les Mutualités Libres pointent d'abord l'affaiblissement de plusieurs piliers du bien-être : soutien social, stabilité économique, environnement de vie sain, compétences psychosociales. La diminution ou l'absence de ces ressources expose les jeunes à une fatigue émotionnelle accrue.
L'évolution du marché du travail, ensuite, constitue un facteur déterminant. La transition entre études et emploi s'avère plus ardue qu'avant, dans un contexte où les premières expériences professionnelles sont souvent marquées par l'instabilité, le manque de reconnaissance et la pression de performance. L'essor du télétravail et des environnements flexdesk a encore affaibli les interactions sociales au quotidien, pourtant essentielles à la construction d'un équilibre mental stable.
À cela s'ajoute l'hyperconnectivité, devenue un facteur d'épuisement. L'usage intensif des écrans et des réseaux sociaux entraîne surcharge cognitive, perturbations du sommeil, anxiété et isolement. L'exposition précoce au numérique accentue ces effets, selon l'étude. Parallèlement, les jeunes évoluent dans un environnement globalement anxiogène : crise climatique, tensions géopolitiques, difficultés d'accès au logement, précarité de l'emploi. Cette accumulation nourrit un sentiment d'avenir instable.
Une action urgente, dès l'enfance doit être mise en place
Face à ce phénomène, les Mutualités Libres insistent sur la nécessité d'une mobilisation transversale. « La prévention doit commencer dès l'enfance. C'est à ce moment-là que se construisent les fondations du bien-être mental », rappelle Thomas Otte, expert en incapacité de travail. Pour ce faire, les Mutualités Libres identifient trois priorités d'action.
Le premier axe concerne la gouvernance. Elles préconisent un plan interfédéral de promotion de la santé mentale et l'intégration du principe Mental Health in All Policies dans l'ensemble des politiques publiques. Elles appellent également au développement de trajets de soins coordonnés pour les personnes en burn-out ou en dépression, afin d'assurer une prise en charge plus cohérente et plus rapide.
Le deuxième axe se situe au niveau du monde du travail. Il s'agit d'anticiper les risques liés aux environnements hybrides, de former les employeurs à la santé mentale, de créer un label « Entreprise engagée pour la santé mentale », de faciliter l'intégration des jeunes via des systèmes de mentorat, des retours réguliers et des espaces de socialisation, et d'encourager un meilleur équilibre entre vie privée et vie professionnelle.
Le troisième levier vise à renforcer la cohésion sociale et la résilience collective. Les Mutualités Libres plaident pour l'introduction d'une littératie en santé mentale dès l'école obligatoire, la promotion du sport, de la culture et des activités collectives, ainsi qu'un encadrement plus strict de l'usage des écrans, que ce soit via des campagnes de sensibilisation, un âge d'accès plus tardif, des zones sans écran ou des plateformes numériques plus éthiques.
Un enjeu de santé publique
La hausse des incapacités psychosociales chez les jeunes ne découle pas de défaillances individuelles, mais d'une transformation structurelle du cadre de vie, du travail et des liens sociaux. Seule une action coordonnée entre pouvoirs publics, entreprises, écoles et familles permettra de freiner cette spirale et de recréer un environnement protecteur pour une génération mise à rude épreuve, concluent les Mutualités Libres.
Carole Stavart • MediQuality